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L’emploi : sortir des décennies aveugles ?

le 11/05/2011 par Jean-Luc Charlot
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1) L'INSEE vient de publier une note sur les conséquences de la crise de 2008-2009 sur l'emploi et les salaires: [http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1295].

On y apprend notamment qu'en 2009, le marché du travail a connu les plus fortes réductions d'emploi salarié observées depuis le début des années 1950 : 248 000 emplois ont été perdus (la plupart au premier semestre). La situation s'est redressée à la fin de 2009 et sur l'ensemble de l'année 2010 l'emploi marchand s'est accru de 125 000 emplois.

Sans surprise, on y apprend que l'intérim a été le premier secteur touché (- 35 % en un an), et ce, dès le second trimestre 2008, pour se stabiliser courant 2009 et repartir à la hausse. Et que l'on a constaté une augmentation sérieuse (sic) du recours au chômage partiel. Deux outils d'ajustement qui peuvent expliquer qu'au regard de la chute de l'activité économique, comme le précise la note, ce repli de l'emploi se soit révélé, finalement, inférieur à ce que l'on aurait pu prévoir.

2)  La question de l'emploi est justement au centre des préoccupations de l'essai fort stimulant qu'à fait paraître Philippe Askenazy en ce début d'année et intitulé : Les décennies aveugles [http://www.seuil.com/fiche-ouvrage.php?EAN=9782020969758].

Adossé à une analyse serrée des quarante dernières années de politiques d'emploi en France, cet essai montre que la France se distingue par une performance durablement médiocre sur le front de l'emploi liée à l'incapacité de son économie à maintenir pendant plus de cinq ans une forte croissance.

Mais aussi que contrairement à une idée avancée régulièrement par des experts et des politiques, qu'il n'existe pas de « mal français », cette supposée hostilité (quasi ontologique) de nos compatriotes au changement, couplée à une incapacité de nos institutions à s'adapter à la mondialisation. L'auteur l'affirme : la société française est tout aussi moderne que celle de ses voisins européens, les Français tout aussi avides de nouvelles technologies que les Japonais et les Américains, les fonctionnaires ne sont pas plus nombreux qu'au Royaume-Uni... Autrement dit la France ne souffre d'aucun mal spécifique et rédhibitoire !

Le problème, pour Philippe Askenazy, réside plutôt dans les erreurs majeures de diagnostics et de remèdes qui se sont succédés depuis le début des années soixante dix et dans des politiques économiques en retard avec la réalité du monde, sans vision des besoins du futur. L'histoire des politiques de l'emploi et de la croissance de notre pays est composée d'une accumulation de ces erreurs, qui se sont enkystées dans le temps. Et le fait que le débat sur les 35 heures revienne aujourd'hui sur le tapis est symptomatique.

Selon lui, une des plus grosses erreurs porte sur les jeunes et c'est Raymond Barre qui l'a initiée à son arrivée au gouvernement en 1976, en orientant l'emploi des jeunes vers l'industrie alors que l'économie était en passe de devenir une économie de la connaissance, et surtout en subventionnant les stages et les contrats à durée déterminées ; créant ainsi une forme de précarisation dont souffrent les jeunes actifs encore aujourd'hui. Une autre erreur majeure est de ne pas avoir investi dans les nouvelles technologies dès les années 1990. Alors que Bill Clinton et Al Gore publiaient en 1993 leur doctrine de la nouvelle économie, et que la plupart des économies développées investissaient massivement dans la R&D, Nicolas Sarkozy, ministre du Budget du gouvernement Balladur en 1993 et François Fillon ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ont diminué les dépenses publiques en la matière. La France a ainsi dégringolé de la cinquième à la douzième place du classement de l'OCDE sur l'investissement en R&D au cours de la décennie 90. Il aura fallu attendre 2007 pour que la France relance un vaste programme d'investissements en recherche et développement.

La période récente est également marquée par une accumulation de réformes qui vont dans tous les sens. Par exemple, la loi Tepa et son volet défiscalisation des heures supplémentaires est une aberration en période de crise économique : alors que le chômage avait explosé depuis deux ans, la France a continué d'encourager le recours aux heures supplémentaires, tout en renforçant par ailleurs la prise en charge du chômage partiel.

Sortir de cette ornière, nécessite de changer de paradigme et de s'interroger sur les besoins de la décennie qui s'ouvre. Il y en a trois: l'écologie, l'enseignement supérieur et la santé. Sur l'écologie, il est déjà trop tard pour la France: les leaders de l'éolien et des technologies vertes existent déjà, et ils sont chinois, allemands ou scandinaves. En revanche, selon lui, la France a une carte à jouer dans le domaine de la santé, où les besoins vont aller en s'amplifiant. Il se construit aujourd'hui un marché unique européen de la santé : la libre circulation des patients est déjà une réalité. La France, si elle investit dans ses hôpitaux et dans son personnel de santé, peut devenir leader de ce marché. Car tous les autres pays réduisent massivement leurs dépenses dans ce domaine. C'est notamment le cas en Grande-Bretagne. Les Britanniques viennent déjà se soigner en France car leurs hôpitaux publics ne sont pas performants. Le tourisme médical a généré un flux d'un milliard d'euro en France en 2009.

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