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Lectures de vacances…

le 07/07/2010 par Jean-Luc Charlot
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Pour une majorité d'entre nous, ce sera bientôt les vacances et la perspective d'un temps libéré d'un certain nombre de contraintes de notre vie sociale et professionnelle dont on fait prétexte ou explication pour n'avoir pas, ordinairement, le temps de (beaucoup) lire... Ces contraintes (momentanément) abolies, une redoutable question s'annonce : quoi lire ? Pour ceux et celles qui n'ont pas constitué sur leur bureau (ou leur table de nuit) une pile d'ouvrages, constituée précisément pour répondre à cette question aussi redondante qu'estivale, nous avons concocté ce petit florilège totalement subjectif, rédigé sous forme de prescriptions dont il est recommandé de dépasser la dose prescrite.

 

On pourra certes relire utilement quelques classiques. On pense par exemple à Eugénie Grandet, de Balzac, ouvrage qui paraîtra de science-fiction au lecteur contemporain, tant l'argent semble y contrôler les relations entre les personnages, leurs sentiments et leurs ambitions et représente l'enfer de la vie moderne et le moteur inévitable de l'égoïsme social. C'est que dit-on, d'autre temps suggèrent d'autres mœurs...

 

Comme l'on pourra se pencher vers des livraisons plus récentes.

Si les questions posées par le travail ne vous semblent pas devoir être laissées en jachère, même pendant les vacances, alors lisez le petit ouvrage d'Hélène Briscoe : Les Directeurs, les ouvriers et les belles sténodactylographes. Portraits au travail. Des textes de cinq à six pages, introduits par un prénom en gras (ils s'appellent Lilian, Pierre, Hervé, Marie-Henriette, Christelle ou Nouchka...), suivi d'une profession (ils sont gardien de la paix, prêtre, agent immobilier, modèle ou cuisinier, chauffeur dans une société d'ordures ménagères, expert en bijoux...) et d'un âge. Des vies en surgissent. Ou plutôt, la vie elle-même. A travers les réflexions sur le travail, sur la manière de le faire ou de s'en défaire, sur les objets, sur la propriété, le plaisir, le "génie" même, c'est tout un rapport au monde et au temps, toute une humanité qui s'exprime, souvent de manière inattendue et avec la poésie paradoxale de qui n'a pas cherché à en faire. Car avant que d'être une souffrance, le travail est une mise en pratique de notre humanité.

 

Si les fameuses « singularités françaises » ne cessent de vous étonner, l'étude de François-Xavier Dudouet et Edric Grémont, Les Grands Patrons en France. Du capitalisme d'Etat à sa financiarisation, devrait vous fournir quelques nouveaux motifs à cet étonnement. Reposant sur une solide analyse socio-économique du capitalisme français moderne, l'ouvrage montre comment les élites patronales françaises, souvent d'origine étatique, se sont converties aux vertus de la financiarisation. Non contentes d'accompagner la mutation du capitalisme d'Etat vers la financiarisation, ces élites l'ont bien souvent conduite, protégeant ainsi leurs positions sociales. Autrement dit, ce que Pierre Bourdieu appelait la « noblesse d'Etat » a bénéficié, bien plus que les familles propriétaires de capitaux, des politiques de « retrait de l'Etat » commencées au milieu des années soixante dix. Ce qui explique que les grands patrons français ont à peu près le même profil qu'il y a trente ans : des hommes à 90%, de nationalité française à 85% (alors que paradoxalement les entreprises sont de plus en plus tournées vers l'international), issus des pour la plupart des grands corps d'Etat et vivant dans un entre soi où les interdépendances sont fortes. Vous avez dit singularité française ?

Si vous êtes presque convaincus que, désormais, la « pensée » bégaie dans l'arène des polémiques biaisées et des joutes médiatiques spectaculaires, comme la mise sur orbite du livre récent d'un penseur « au marteau » (le philosophe Michel Onfray), se faisant fort de déboulonner la statue de Freud, l'a si bien illustré. Alors, il vous faut lire l'enquête « De quoi l'avenir intellectuel sera-t-il fait ? ». Pour marquer les débuts de leur revue (Le Débat), à l'automne 1980, Marcel Gauchet et Pierre Nora avaient lancé une enquête auprès d'une vingtaine de jeunes auteurs jugés prometteurs car ils s'étaient déjà signalés à l'attention de leurs contemporains (de Régis Debray à Emmanuel Todd, d'Alain Finkielkraut à Blandine Kriegel), en leur demandant de répondre à une seule question :  « De quoi l'avenir intellectuel sera-t-il fait ? » Alors que Le Débat fête son trentième anniversaire, ses animateurs ont eu la belle idée de recommencer l'expérience auprès d'une série de personnalités contemporaines de la scène intellectuelle. Alors que parallèlement, ils ont demandé à ceux qu'ils avaient sollicités en 1980 de se relire et de faire part, trente après, de leur réaction. Si le résultat de cette entreprise est captivant, ce n'est pas seulement parce qu'il livre un double portrait générationnel de l'intelligentsia hexagonale, mais parce qu'il rappelle, à la lumière des trois décennies écoulées, que la pensée, dans ce pays, ne se réduit pas à l'encéphalogramme plat de ses joutes les plus visibles.

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