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Les leçons d'une élection

le 22/06/2009 par Jean-Marie Bergère
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Les annonces de suppression d'emplois se succèdent. Les prévisions les concernant sont tous les jours plus sombres et les perspectives plus incertaines. A la question de la sortie de crise s'ajoutent celles plus complexes qui sont liées à la fin d'une période. Période de la consommation à tout prix, période de croyance dans la croissance infinie, de foi dans la technique toute puissante, d'illusions sur le renouvellement des ressources naturelles. En attendant, le chômage partiel, les moyens du fonds d'investissement social, le financement exceptionnel des formations dans le cadre de conventions régionales, les milliards du plan de relance, les primes à la casse, l'auto-entrepreneuriat, ou le tout nouveau Pôle Emploi, ne parviennent pas à endiguer  la montée du chômage. On l'a dit et redit, les premiers touchés sont les intérimaires et les jeunes (selon l'OCDE, 11% des 15/24 ans sont NEET, c'est-à-dire « neither in education nor in employment or training »). Ce sont aussi les seniors. Les pré-retraites sont bannies, mais la chose, rebaptisée « mesure d'âge », est toujours là. Plus chère, moins facile, mais toujours aussi consensuelle lorsqu'il s'agit de choisir ceux qui seront prioritairement licenciés. Les discours sur le gâchis social, la transmission des savoirs, l'expérience indispensable, etc. n'y pourront rien. Seuls les appels au volontariat donnent un autre ordre dans la désignation de ceux qui partent. La méthode ne peut pas être généralisée. Souhaitons pour les plus jeunes qu'une reprise rapide leur ouvre le chemin d'une vie professionnelle à la mesure de leurs ambitions. Pour les quinquagénaires le retour à l'emploi sera difficile.

L'art du contretemps.

Et soudain la scène politico-médiatique s'est mobilisée sur l'âge de départ à la retraite. Le sujet est sérieux. Les arguments sont connus. Allongement de l'espérance de vie, déficit des comptes sociaux. Impossibilité de jouer sur les deux premiers paramètres que sont le montant des pensions et le montant des cotisations. Les retraites par capitalisation ne peuvent plus, dans la conjoncture actuelle, être promues au rang de solution miracle. Reste la durée de cotisation. Il faut l'allonger. D'accord. Mais deux politiques sont alors possibles. La première est celle qui est proposée. Reculer l'âge légal de départ et le reculer pour tous. Mécaniquement cela conduit à faire cotiser (et travailler) plus longtemps ceux qui commencent à travailler tôt, ceux qui sont moins qualifiés, qui souvent exercent les métiers les plus pénibles et les moins gratifiants. Ceux qui en outre ont statistiquement l'espérance de vie la moins longue. Il existe pourtant une autre possibilité : fixer une durée égale de cotisation pour tous. Que vous commenciez à travailler à 18 ans ou à 28 ans, que vous preniez une année sabbatique ou non, la durée sera la même. Quarante, quarante trois, .. on peut discuter de cette durée minimum. Le système sera de toute façon plus simple et plus juste. Il est possible ensuite de négocier des aménagements. Pour les plus jeunes qui peinent à entrer dans le marché du travail et pour ceux qui font les métiers les plus pénibles. Lorsqu'existe une règle simple et reconnue, il est plus facile de négocier des exceptions motivées.

Changement et communication.

Mais la question aujourd'hui n'est pas là. L'accompagnement du changement demande qu'un agenda et un rythme soient annoncés et respectés. On ne peut pas vouloir tout faire en même temps et envoyer des messages à ce point paradoxaux -recourir aux « mesures d'âge » et s'interroger sur l'obligation de travailler jusqu'à 67 ans- sans renforcer le sentiment que, devant tant de contraintes contradictoires et de politiques opposées, nous ne pouvons que résister à ces réformes incompréhensibles ou baisser les bras en signe de totale impuissance. Comment un gouvernement aussi soucieux de communication (fût-elle renommée pédagogie) ne voit-il pas le danger d'envoyer ce message sur l'âge de départ en retraite au beau milieu des annonces sur les destructions d'emplois ? Maladresse. On a du mal à y croire. Cynisme. Cette question des retraites serait posée pour occuper le terrain médiatique, faire diversion par rapport aux revendications sociales ? On voudrait ne pas y croire. Ce n'est pas ainsi que les réformes se font.

Il faut peut-être méditer sur ce qui est aussi le message des élections européennes. Contre la communication entièrement soumise aux sondages d'opinion et qui s'épuise à courir derrière ses humeurs et ses revirements, nous attendons que soit repris le fil d'une histoire longue, celle de la place du développement économique au service des objectifs sociaux, celle de la diversité requise et de l'évolution de notre petite planète, celle de la construction européenne pourquoi pas. C'est peut-être ça la bonne nouvelle. Contre les gourous de la communication et des coups médiatiques, il est possible et payant de parler et de prendre en compte les enjeux dont l'importance mérite la durée et le long terme. Il a beau rester pour toujours hors d'atteinte, en raison même de cette inaccessibilité, nous avons besoin d'un horizon.

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